Confession d’une rescapée - Nouvelle
Tous mes rêves s’étaient envolés en un clin d’œil. Tout ce en quoi j’avais cru n’était plus qu’un lointain passé. Je venais de laisser ma vie chez le praticien. Tout ce que j’étais devenue se trouvait dans une enveloppe blanche abandonnée sur le bureau du docteur Bellande.
Qu’avait-il dit déjà ? Que tout n’était pas fini ? Que j’avais encore l’avenir devant moi ? Que je pouvais encore rêver et réaliser beaucoup de chose. Non, j’ai dû m’imaginer ces phrases. Tout comme j’ai dû imaginer ces sept lettres qui m’avaient empoisonnée : POSITIF.
Surtout ne pas broncher. Je m’exhortai au calme. J’imaginais déjà les regards curieux autour de moi mais je n’osais pas redresser la tête de peur d’afficher ma douleur. Je n’arrivais pas à le croire. Je suppose que tout le monde ressentait cela.
J’ai toujours voulu connaître le goût du plaisir et c’est ce que j’ai fait malgré les avertissements, les mises en garde, les conseils de ceux qui m’aimaient : Dieu, ma famille, mon petit papa chéri.
Une larme glissa le long de ma joue et j’ai sursauté. A quoi bon pleurer ? Il y a longtemps que je les avais renié. Longtemps depuis que ma vie tournait autour d’un nom : TONY.
Personne mieux que lui n’avait su comprendre à quel point j’avais soif de liberté. Une soif mêlée d’un désir fou de connaître l’amour, la passion, la volupté… je l’ai rencontré à l’age où le printemps bouillait dans mes veines tel un furieux volcan attendant le moment d’exploser. Moi, la fille d’un prédicateur zélé, qui chantais en tête de la grande chorale dans les cultes du dimanche.
J’ai passé mon temps à me rebeller contre les sermons de mon père qui parlaient de fornication, de chasteté, de pureté, d’abstinence. Je refusais de croire que ces mots venaient de la bible. La parole de Dieu ! Oh ! Non. Dieu ne pouvait pas condamner un culte si beau : l’amour. C’était ce que je me disais tout en sachant au plus profond de moi que je me mentais. Je savais que Dieu ne condamnait pas le plaisir de la chair parce que c’est LUI qui l’a créé. Il avait seulement mis des conditions. Mais je ne voulais pas de ces conditions. Je voulais être libre. Je voulais vivre ma vie, profiter de ma jeunesse sans aucune contrainte ni aucune loi. Je voulais profiter de tout.
Un téléphone sonna. Le mien. J’ai regardé l’écran sans rien voir alors j’ai laissé sonner. Pas de message vocal ! Tant mieux, je n’aurais pas écouté de toute façon.
Tony ! soupirai-je. Quand mon corps s’est ouvert au sien pour la première fois, j’ai maudit mon père de vouloir me priver d’un si grand bonheur. On m’a offert un bout de ciel et j’ai voulu en avoir plus. Je le voulais à moi pour toujours. J’ai voulu être l’indispensable, celle qu’on ne quitte pas et j’ai fait taire ma conscience. Je me suis faite chatte, chienne, courtisane, fille de joie. J’ai tout accepté et tout donné à celui qui m’a réveillé à l’amour. Rien ne m’arrêtait jusqu’au jour où j’ai su…
Qui m’avait détruit ? Lui ? Susanne la superbe brune au corps parfait dont il n’a pas pu résister au charme ? Caroline, la pimbêche qui a su le faire bander par son audace ? Ou encore Latifah, l’innocente qui avait réveillé en lui l’instinct de « conquistador ». Combien y a t il eu d’autres ? je l’ignorais et cela n’avait plus aucune importance. J’étais la seule responsable de ce qui m’arrivait. Moi dans ma folie de jeunesse. Moi dans ma soif de volupté. Moi et mon manque de foi. Moi, personne d’autre que moi.
De nouveau, mon téléphone qui retentit dans le silence de ma vie. Un silence sonore qui poussait les gens à me regarder en biais. Quelle tête je devais avoir! avec mes cheveux décoiffés à force d’y passer les mains, le visage souillé par les traces de mascara laissées par mes larmes et mes lèvres qui saignaient, souvenir de mes dents. Un rayon de soleil en trop et je levai les yeux. Mon père ! de l’autre côté de la rue.
Au téléphone, ce fut le docteur. Rien qu’une phrase et j’ai senti la vie quitter mon corps une seconde fois. Je m’étais évanouie sur une place publique avec pour seul témoin une énorme croix planté sur le dôme de l’église de Dieu d’en face.
Je n’étais pas morte. Je venais tout simplement de renaître. Une autre chance m’a été donnée. L’enveloppe blanche abandonnée sur le bureau du docteur appartenait à quelqu’un d’autre. Le laboratoire a confirmé. Pour moi, c’était sept autres lettres. Pour moi, c’était la vie.
J’allais vivre !
Et voulez-vous savoir comment j’ai débuté mon journal ce matin ?
Je suis Laura, j’ai 26 ans et une erreur a changé toute mon existence. Je ne suis plus la même et ne le serai plus jamais. J’ai acquis de la sagesse et désormais je garde le dessus sur mes sens et le contrôle sur ma vie. J’ai appris à comprendre Dieu, à aimer ma famille et à ne plus tromper. J’ai appris à méditer sur ce qu’on me disait et en tirer ce qui était bon et non ce qui me plaisait. Mais le meilleur de tout…j’ai appris à être patiente et surtout reconnaissante.